S'arranger une histoire

Non, rien qui ressemble à une fiche d’état civil, une carte d’identité, un curriculum vitae.  Née ici, a travaillé là, et là, a étudié là-bas, a obtenu tel et tel diplôme,  exercé tel et tel métier, s’est frottée à tel ou tel milieu, beaucoup de milieux. Les parents ? La famille ? Origines multiples,  mystérieuses peut-être. Pas d’étiquettes, merci. Rien...

Nous sommes d’abord ce que nous nous faisons, et c’est une longue affaire que de tenter de se trouver un peu, et puis  à chacun le droit de changer, bouger, se contredire. Certains s’accordent "le droit au néant". Un auteur est souvent pareil à un orphelin qui, heureux ou malheureux, s’arrange une histoire.

Quelques petits points de repère cependant. Gisèle Bienne vit et travaille à Reims, dans la Marne. Elle a peint, aimé peindre, puis s’est tournée durablement vers l’écriture. Si elle dit qu’elle a animé pendant dix années consécutives des ateliers d’écriture à Reims, on risque de lui demander d’en animer ailleurs et elle n’a plus l’intention de poursuivre l'aventure. Dix belles années, soit dix recueils de textes écrits par les nombreux participants à ses ateliers : un cycle.

Gisèle Bienne est l’auteur de plusieurs romans en littérature générale et de deux essais. Elle a consacré à la Première Guerre Mondiale trois ouvrages. Elle publie également pour les jeunes, collabore épisodiquement à diverses revues,  a travaillé avec des photographes.

On a pu la dire parfois fière et drôle, c’est qu’elle a été une grande joueuse dans l’enfance et qu'il lui en reste comme deux petites ailes et un sourire. (Pas de copié-collé, s’il vous plaît…)

 

Nous nous arrêterons sur le sourire.

Sourire n'est pas anecdotique.

Le sourire est léger, est profond.



 

Et n’oublions pas que, dans notre monde d’objets éphémères, rien ne remplace un livre, qu’acheter ou se procurer un livre, rentrer chez soi avec le précieux ouvrage, s’installer dans un fauteuil et ouvrir le roman, s’il s’agit d’un roman, c’est connaître un moment unique.



Distinctions

Médaille de la ville de Reims.
Chevalier de l'Ordre national du Mérite.

Quelques courts extraits

"Elle n'est d'aucun pays. Elle est d'une maison. De la maison elle a été séparée jeune et  a gardé l'image de sa jeunesse. Maison-labyrinthe, jamais complètement explorée, qu'elle imaginait pouvoir explorer à fond un jour, maison à plusieurs niveaux, maison malade aussi, puis guérie, rénovée, qu'elle n'a pas connue, ce fut juste après le livre qu'il n'aurait pas fallu qu'on l'a rénovée, une splendeur."

La brûlure, suivi de Marie-Salope, Actes Sud, 2015

 

"Je suis, me dis-je, dans la chambre de Manfred Richter qui pourrait arriver à tout moment. Richter, donc, signifie "juge" en français, et Manfred "homme de paix". Je suis dans la chambre du prisonnier allemand et dans la chambre de l'homme qui s'est rendu libre en s'enfermant ici. J'ai franchi la porte de son domicile en ce dimanche d'été..."

L'étrange solitude de Manfred Richter, Actes Sud, 2013

 

"Et rarement lettres et journaux d'écrivain n'auront dit avec cette intensité tout ce qu'au fil des jours une femme peut "attendre" d'un homme qui, en tant que directeur de revues littéraires, avait lu, sitôt achevée, chacune de ses nouvelles et rêva avec elle d'une mythique "ferme du bonheur'; n'auront dit dans quelle solitude et quel tissu de contradictions se débat une femme très malade, écrivain avant tout ; ni exprimé un amour de la vie d'autant plus énigmatique qu'il émane d'une funambule dansant au-dessus des vagues."

Katherine Mansfield dans la lumière du Sud, Actes Sud, 2011

 

"Cendrars a découvert l'esprit de la Légion. Il a rencontré les "blédards" d'Afrique, ces hommes fascinants qui semblent revenus de tout. Il est en Champagne, caporal. Son régiment appartient à la célèbre Division du Maroc. Il va participer à cette offensive de "style nouveau" préparée par Joffre..."

La ferme de Navarin, Gallimard, 2008